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Nicoletta Mosanu était née à Singerei, une ville qui se situe dans le Sud-est, à environ 30 kilomètres, de la ville Balti. Elle était la plus jeune de trois enfants. Sa sœur avait 3 ans de plus qu'elle et son frère 2 ans. Ses parents étaient de simples fermiers, comme la plupart des gens dans la région et ils vivaient dans une petite ferme appartenant à l'état.
La famille vivait de sa propre production de récolte ainsi de l'élevage de bétail, de chèvres et de la volaille. Dès son plus jeune âge, Nicoleta devait travailler aux champs, dans les étables de vaches, de chèvres et de volailles. Elle devait traire les vaches et les chèvres et elle prenait part à la production de fromage, de la confiture composée de différents fruits et de groseilles, cueillies dans les collines.
Ils vendaient du lait, fromage et œufs aux voisins. Malgré le manque de luxe et d'argent, Nicoleta passa une jeunesse heureuse. Elle visita l'école primaire et secondaire ou elle était avide d'apprendre. Sa mère lui avait toujours dit que la connaissance était nécessaire pour avoir une chance de vivre un meilleur avenir. Elle avait appris de la Russe à l'école, car jusqu'en 1991 la Moldavie faisait partie de la Russie.
La ferme était trop petite pour nourrir 5 bouches affamées. En tout cas, les filles dans cette région se marient très jeunes, comme sa sœur avait fait avec beaucoup de réussite parce qu'elle avait eu de la chance de trouver un mari appartenant à la classe moyenne. Il n'était pas un fermier et avait un bon emploi bien payé dans la ville. Le frère de Nicoleta quitta la maison après le mariage de sa sœur afin de chercher la fortune à l'étranger. Elle restait seule à la maison avec ses parents et le dur labeur. Mais elle ne se plaignait jamais et se sentait toujours heureuse. Sa mère l'aidait autant que possible avec le travail scolaire, quelquefois à la fin d'une longue journée après le travail quotidien. Elle lui enseignait comment traiter des maladies en utilisation des huiles de plantes, d'élixirs et d'alcools extraits des plantes cueillis sur les énormes champs et les collines, étendues partout dans cette région.
Son père était beaucoup trop jeune quand il tomba malade. Il avait seulement 51 ans et il ne se rétablit plus. Il décéda quelques mois plus tard, probablement à cause d'un cancer. C'était des temps difficiles pour la mère et sa fille, mais c'était leur destin. C'est le destin de la majorité des gens vivant dans les régions rurales. L'indépendance en 1991 avait apporté la liberté, mais pas la richesse. Au contraire, c'était chacun pour soi. Sa mère comprit pendant cette période que Nicoleta devrait penser à son avenir et se marier.
Elle avait seulement 14 ans quand elle fut rattachée à son mari, qui était presque 20 ans plus âgé. Il était le seul survivant d'une autre famille de fermier. Il avait autrefois été désigné par les deux patriarches comme le futur mari de Nicoleta.
Elle allait vivre avec son mari, en célébrant le mariage selon les coutumes locales. Peu de temps après, sa mère les rejoignit, parce qu'elle n'était pas capable de maintenir sa ferme toute seule. Le mari prit les dispositions nécessaires et il vendit les biens de sa belle mère. Il était maintenant le nouveau patriarche, mais il n’était qu'un paresseux qui préférait passer tout son temps dans la ville, où il rejoignait ses copains, en buvant beaucoup.
Les profits des biens vendus de sa mère disparurent ainsi dans sa poche. Ils vivaient maintenant dans sa propriété et il était la tête de la famille. Nicoleta ne se plaignait toujours pas et elle continuait sa vie comme avant, travaillant dur.
Elle continuait à visiter l'école pendant le matin, mais elle retournait à la maison dans l'après-midi pour aider sa mère. La plupart du temps, son mari était absent et revenait seulement le soir, presque toujours ivre. Il provoquait des discussions qui pourraient être extrêmement désagréables.
En attendant, sa sœur tomba enceinte et elle ne pouvait plus venir la visiter. Nicoletta aimait sa sœur aînée, la seule personne avec qui elle pourrait discuter de ses problèmes et sentiments. Elle n'aimait pas son mari, mais il n'y avait aucune sortie possible. En Moldavie on se marie rarement par amour, mais plutôt par la nécessité de sécurité. Elle était condamnée à faire le meilleur de son mariage. Une femme ne discutait pas sa situation, elle obéissait et servait son mari.
Maintenant elle sentit la solitude comme elle ne l'avait jamais sentie auparavant. Sa mère s'affaiblissait et il était évident qu'elle souffrait du rhumatisme. Chaque jour sa santé dégradait et finalement elle fut condamnée à rester alitée. Elle n'était plus capable de marcher et elle avait besoin de soins permanents. Il n'y avait pas d'argent pour un traitement médical et Nicoleta s'occupait d'elle, en utilisant toute les connaissances que sa mère lui avait une fois données. Sa mère avait aussi besoin des massages quotidiens afin d'éviter des blessures désagréables, provoquées par les couchés permanents sur le dos.
Son mari n'apportait aucun aide. Il continuait à poursuivre sa propre vie. Nicoleta devint enceinte. Elle avait à peine 16 ans. Mais elle devait assurer le travail à la ferme et s'occuper de sa mère, pendant que son mari ne la respectait pas. Elle fit sa première fausse couche. Un docteur du village lui conseilla de prendre quelques jours de congé. Mais c'était impossible. Les vaches ne pouvaient attendre quelques jours pour être nourries et libérées de leur lait. Son mari n’était jamais disponible pour elle et il refusa de reprendre les tâches les plus difficiles quand elle lui demanda un jour.
Et sa mère avait constamment besoin d'aide. L'angoisse de sa mère dura 5 ans. Un jour, quelque peu après son 19e anniversaire, Nicoletta perdit sa mère, la dernière personne qui s'était vraiment souciée d'elle.
Elle revit sa sœur pendant les funérailles, après une longue période de séparation. Il y a quelques années, son mari avait interdit toute visite de sa sœur, après qu'ils avaient eu une lourde discussion.
Le temps passait, mais la situation ne s'améliorait pas. Son mari la maltraitait tout le temps, même lorsqu’elle devint à nouveau enceinte. Le résultat fut le même comme pendant sa première grossesse : elle perdit vite l'enfant. Le docteur l'avertit de nouveau qu'elle devrait prendre soin d'elle ou elle risquerait de ne jamais devenir mère. Mais à cette époque, une femme moldave ne s'opposait pas au mari! Sans plainte, comme d'habitude, elle continua la routine quotidienne, comme elle l'avait déjà fait depuis une éternité.
Sa sœur avait déjà deux enfants et son mari lui avait acheté une petite voiture. Quand elle savait que Nicoletta était seule à la maison, elle la visitait. Pendant ces courts moments, Nicoletta se sentit si heureuse. Elle avait maintenant 21 ans, une belle jeune femme avec de longs cheveux noirs et un regard sombre et triste.
Elle voulut des enfants, mais elle sut que ce serait difficile vu sa façon de vivre. Pourtant, personne ne pourrait l'aider. Encore une fois elle tomba enceinte et elle essaya dès le début d'être aussi prudente que possible. Elle fut vraiment heureuse après 6 mois de grossesse, parce que pour la première fois le bébé continua à grandir dans son ventre. Elle supplia son mari de faire le plus lourd travail, mais il lui ri au visage, en disant que ce n’était pas son problème, en la laissant toute seule, partant pour ses visites quotidiennes en ville.
Mais cette fois-ci elle atteint la fin de sa grossesse. Bien qu'elle doive travailler jusqu'au dernier jour, elle eut un accouchement sans complications. Sa sœur la visita ce jour-là par pure coïncidence et elle l’aida pendant les dernières heures. Son mari était absent comme d’habitude.
C'était une fille.
Nicoleta fut si heureuse. Pendant cette nuit-là, son mari la réveilla, en se plaignant qu'elle n’était même pas capable de lui offrir un fils! Sa sœur qui s’était réveillée par le bruit, entendit ce qui se passa et elle lui dit fermement ce qu'elle pensait de son comportement indigne. Il sourit juste en grimaçant et retourna dormir. Le temps passait, mais rien ne changeait.
Deux ans plus tard, elle accoucha d’une autre fille et 4 ans plus tard, elle mit un garçon au monde.
La situation en Moldavie changeait peu à peu et en 1994 la nouvelle constitution fut acceptée. Les gens étaient capables de devenir propriétaires de leur maison. Un jour, son mari lui montra des documents prouvant qu'il était propriétaire de sa maison. Elle ignorait d'où il avait eu l'argent nécessaire. Il refusa de lui donner une explication et elle comprit qu'elle était une prisonnière dans sa propre maison. La vie de Nicoleta ne changeait pas, mais elle commença à rêver. Elle voulait sa liberté, avoir sa propre maison dans une grande ville, loin de cette région, en vivant calmement avec ses enfants, en laissant son mari loin derrière elle.
Elle avait trente ans maintenant et elle était toujours belle, mais ses mains devinrent rugueuses et aussi fortes que celles d'un homme. Elle aimait ses enfants comme rien d'autre au monde et souhaitait leur donner une meilleure vie. Pourtant, elle savait que son rêve ne serait jamais réalisé si elle restait à la ferme. Son mari était de moins en moins présent à la maison et elle le soupçonna d'adultère. Elle ne s'en soucia plus, parce que ses absences lui donnèrent plus de temps libre pour ses enfants et elle pouvait aussi visiter sa sœur plus fréquemment, même si elle devait marcher une heure pour y arriver.
Une fois par semaine, sa sœur la prit avec les enfants à Chisinau. Ceux-ci furent les moments les plus heureux de sa vie.
Un jour en 2000, Nicoletta entendit dire par coïncidence que quelques bureaux de voyage cherchaient de jeunes gens qui souhaiteraient travailler à l'étranger. Ils pourraient gagner beaucoup d'argent dans les pays européens riches, comme l'Allemagne, l'Autriche et la France.
Pour la première fois dans sa vie, elle sentit l'espoir. Elle discuta avec sa sœur, en lui disant qu'elle cherchait sa liberté et qu'elle quitterait son mari. Dans ce pays ce fut une décision courageuse, mais dangereuse. Sa sœur connut l’entière situation, mais elle hésita et ne voulut pas approuver le plan de Nicoletta. Avant d'être impliquée dans une dispute ridicule avec Nicoletta, elle lui conseilla d’abord de visiter un de ces centres de recrutement afin de se faire une opinion.
Il y en avait beaucoup dans la capitale.
Nicoletta accepta et ils visitèrent un de ces bureaux. Ils furent reçus par un jeune homme charmant et sympathique habillé dans un costume sombre. Il expliqua que les pays européens cherchaient de jeunes travailleurs parce qu'ils furent bien meilleurs que les européens et bons marchés. Quand même, selon les normes Moldaves, les salaires à l'étranger furent très attrayants. En quelques années elle pourrait avoir récolté assez d'argent pour acheter sa propre maison.
Le recruteur élégant avait immédiatement compris ce que la jeune femme cherchait. Nicoletta, qui n'avait jamais visité un pays étranger auparavant, entendit les cloches sonner dans la tête. Elle trouva ce qu'elle cherchait. Un conte de fées devint réalité. Sa sœur ne fut pas rassurée et posa plein de questions, mais le jeune homme eut une réponse crédible à chacune de ses questions.
Non, il n'y avait rien d'illégal. Non, elle ne devait pas payer d'avance pour le voyage, parce que la compagnie avait un contrat avec des hommes d'affaires européens. Un bus spécial l'amènerait en Autriche, parce que c'était le pays qui cherchait de plus d'ouvriers étrangers.
Qu'est-ce qu'elle devait encore faire? Demander un visa ? Aller à l'Ambassade ? En fait, c'était beaucoup plus simple qu'elle eut imaginé. La compagnie fera tout le travail d'administration.
Elle avait juste besoin d'un passeport! Mais pas de panique, l'agence avait ses employés qui prépareraient tout. Elle n'eut qu'à récupérer son passeport, dès que prêt. Le prochain bus partirait dans deux mois. Il y avait assez de temps pour arranger son voyage en Autriche.
Elle choisit un emploi de peintre à Vienne.
L'homme charmant ajouta son nom sur une liste avec ses coordonnées, adresse, famille, le numéro de téléphone de sa sœur...
Quand ils eurent quitté ce bureau, Nicoletta était dans les nuages et en train de fantasmer de sa maison... Elle était déterminée comme elle ne l’avait jamais été avant et rien ni personne ne l'arrêterait.
Elle croyait qu’une meilleure vie la souriait, mais elle ignorait que c’était l'enfer qui l'attendait.
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